
L’est du centre-ville de Montréal, dans l’arrondissement Ville-Marie (Image tirée de la page Facebook de l’arrondissement de Ville-Marie)
25 juillet 2025Adaptation des villes aux changements climatiques : « Ça va coûter extrêmement cher »
Inondations, précipitations abondantes, canicules et feux de forêt; la question de savoir si les changements climatiques auront un impact sur nos vies quotidiennes est déjà dépassée. Les chercheurs se penchent désormais sur les effets actuels du réchauffement du globe en milieu urbain et sur les ordres de grandeur des sommes qui devront être collectivement déboursées pour y faire face.
« La question qui se pose, ce n’est plus de savoir si on fait quelque chose, mais combien ça va coûter », explique Juste Rajaonson, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’ESG UQAM.
Le chercheur ainsi que son collègue Francis Marleau Donais, professeur au Département de génie de la construction de l’École de technologie supérieure (ÉTS), sont les cotitulaires de la nouvelle Chaire de recherche AdapT-UMQ sur l’adaptation des infrastructures municipales aux changements climatiques.

Juste Rajaonson, professeur au Département d’études urbaines et touristiques de l’ESG UQAM et titulaire de de la nouvelle Chaire de recherche AdapT-UMQ sur l’adaptation des infrastructures municipales aux changements climatiques (courtoisie)
La Chaire est le fruit d’une collaboration entre l’ÉTS et l’Union des municipalités du Québec (UMQ). « Le point de départ, c’était une étude que l’UMQ avait lancée en 2022 pour évaluer les coûts de l’adaptation aux changements climatiques dans les infrastructures municipales au Québec. Et on réalise que ça va coûter extrêmement cher », souligne le professeur Rajaonson.
En effet, selon « l’Étude sur l’impact des changements climatiques sur les finances publiques des municipalités du Québec », l’ensemble des municipalités du Québec devront dépenser environ 2 G$ additionnels par année jusqu’en 2055 « en raison des risques chroniques engendrés par les changements climatiques ». Cette estimation cible uniquement les infrastructures et est faite en fonction « d’un scénario réaliste de diminution des GES ».
« Ça représente à peu près 12 % de plus pour les coûts en termes de maintenance, de renouvellement et de modernisation des infrastructures. Donc, au-delà déjà des besoins présents en infrastructures, il y a un 12 % qui s’ajoute pour l’adaptation et la résilience aux changements climatiques. C’est énorme! », insiste le chercheur.
Ainsi, toujours selon le rapport, la facture totale avoisinerait les 75 G$ (en dollars constants de 2020) pour le siècle à venir.
Ce sont avant tout les routes locales, les canalisations d’eaux pluviales et usées et les autres installations de traitement des eaux qui seront les infrastructures les plus coûteuses à entretenir, à mettre à niveau et à remplacer en contexte de changements climatiques.
Résilience et adaptation
De récentes précipitations diluviennes qui ont causé des inondations dans de nombreuses résidences de l’arrondissement de Saint-Léonard sont venues rappeler aux citoyens que les effets des changements climatiques sont irrévocables. Plusieurs résidents sinistrés ont vu le cauchemar se répéter alors qu’une situation similaire s’était produite à l’été 2024.
La candidate à la mairie du parti Ensemble Montréal, Soraya Martinez Ferrada, avait dénoncé le manque d’investissements de la présente administration de Projet Montréal dans les infrastructures souterraines, qui ont été négligées en raison d’autres chantiers, tels que l’aménagement de nouvelles pistes cyclables. « Il serait temps de faire une petite pause avec les pistes cyclables et d’investir dans les égouts », avait-elle lancé en marge d’une visite des sinistrés la semaine dernière.
De plus, en octobre 2024, des élus de l’Opposition officielle avaient déposé une motion demandant à l’administration de Valérie Plante de mettre en place un plan de financement en matière d’infrastructures d’eau qui préciserait notamment les interventions à prioriser sur le territoire montréalais.
Pour sa part, l’administration Plante mise sur des solutions alternatives, telles que la création de parcs éponges, pour surmonter les défis imposés par les pluies diluviennes. En septembre dernier, la Ville annonçait la création du plus important parc éponge de Montréal dans le secteur Mercier-Ouest. Cet investissement de 16 M$, financé par Montréal et le gouvernement québécois, prévoit des installations dans le parc Pierre-Bédard qui pourront retenir 4 millions de litres d’eau lors de fortes pluies.
Pour le professeur Rajaonson, les interventions mises de l’avant par les deux formations politiques illustrent bien les deux axes autour desquels se développeront les travaux de la Chaire AdapT-UMQ.
« Les parcs éponges (…) honnêtement, c’est bien. C’est-à-dire que je distingue « adaptation » et « résilience ». Lorsqu’on parle d’adaptation, ça va être des chantiers relativement lourds, qui vont se faire sur des dizaines d’années, comme la réfection de canalisations, tandis que la résilience, ce sont plutôt des solutions de transition. Dans le second axe, l’idée c’est d’être capable de se redresser rapidement. On sait que la crise s’en vient, que les inondations s’en viennent. Alors, qu’est-ce qu’on peut faire pour se rétablir rapidement? », illustre le chercheur.
Densification
Dans un contexte où certains secteurs de la métropole comportent déjà des territoires construits, la planification du paysage urbain se fait souvent en termes de densification. En pleine crise du logement, les administrations semblent avoir misé sur une forte densification, surtout dans les secteurs à proximité de modes de transports en commun.
Le cas du prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal dans les arrondissements de Saint-Léonard et d’Anjou, où l’on planifie des tours résidentielles d’une hauteur pouvant atteindre 20 étages au-dessus des futurs édicules est un exemple frappant de cette importante densification envisagée. Pour le professeur Rajaonson, densification et adaptation aux changements climatiques peuvent faire bon ménage, dans la mesure où la première permet de réduire le coût des infrastructures publiques à long terme.
« Il faut toutefois combiner ces développements avec des mesures d’accessibilité. À partir du moment où on densifie un secteur, cela va générer des déplacements et des besoins. Il faudra mettre en place des services, des commerces, des parcs, des écoles. (…) Il faut éviter de se retrouver avec des secteurs enclavés, ce qu’on ne souhaite pas dans un contexte de changements climatiques », résume-t-il.
Et si l’on prévoit que tous ces efforts d’adaptation vont coûter des milliards de dollars, d’où proviendront ces fonds? C’est une question épineuse, reconnaît d’emblée le chercheur. « Il faut que les municipalités puissent sortir du modèle de revenu basé uniquement sur les taxes foncières », insiste-t-il.
Les entreprises, qui profitent sans équivoque des grandes infrastructures publiques, devront peut-être contribuer davantage à leur financement. Il en irait de même quant aux secteurs économiques basés localement, comme le tourisme, qui ont besoin des infrastructures publiques pour survivre. Des partenariats publics-privés pourraient être envisagés. « On peut penser aux bornes de recharge pour les véhicules électriques, qui vont se multiplier dans les prochaines années. Est-ce que les entreprises privées pourraient les installer sur leurs terrains privés pour les fournir au public par exemple? », questionne le M. Rajaonson?







