
(Photo : Courtoisie UQAM)
29 septembre 2026Acteur social reconnu, l’UQAM compte renforcer son impact dans l’est de la métropole

Depuis sa création, l’Université du Québec à Montréal (UQAM) se veut un lieu de démocratisation de l’accès au savoir, mais aussi un acteur clé au cœur de la métropole. L’éducation et la formation, ainsi que le rôle social auquel l’université prend part dans les quartiers où elle évolue, font partie de la mission de l’établissement et propulsent ses projets. Dans le cadre de notre dossier spécial Éducation et Formation, nous nous sommes entretenus avec son recteur, Stéphane Pallage, qui a mis en lumière ces grands chantiers.
Fondée le 9 avril 1969, l’UQAM est le fruit d’une réflexion collective sur l’accès à l’enseignement supérieur. À la suite du Rapport Parent, qui découle de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement dans la province de Québec tenue en 1961 à 1966, le gouvernement québécois décide de créer le réseau des cégeps, puis celui de l’Université du Québec (UQ). « L’une des premières-nées de ces universités, c’est l’UQAM », souligne M. Pallage.
« Dans les années 60, les francophones avaient très peu accès à l’enseignement supérieur. Il fallait passer par la filière catholique qui était très restrictive et il n’existait que l’Université Laval, l’Université de Montréal et l’Université de Sherbrooke », résume le recteur.

Stéphane Pallage, recteur de l’UQAM (Photo : Courtoisie)
En tant qu’université d’État et laïque, l’arrivée de l’UQAM ouvre la porte à une « petite révolution » dans l’enseignement supérieur. Elle permet à de nombreux Québécois et Québécoises d’accéder à un savoir autrefois restreint.
« Nous avons 320 000 diplômés en 57 ans d’existence, ce qui est comparable à l’Université McGill, qui a toutefois atteint ce nombre en plus de deux siècles. Dans les premières années, presque 100 % de nos étudiants étaient de première génération universitaire et aujourd’hui, c’est encore 45 % de nos étudiantes et étudiants dont les parents ne sont pas allés à l’université », illustre M. Pallage.
En tant qu’université « qui ne travaille pas dans l’absolu, mais plutôt dans la réalité qui est celle du Québec », l’UQAM s’est dotée d’un plan stratégique au moment de l’arrivée en poste de son présent recteur en 2023. Cet exercice de réflexion collective vise de grands enjeux contemporains sur lesquels l’UQAM peut intervenir de façon novatrice.
Trois chantiers ressortent de ce plan : la santé, la relance du Quartier latin et la langue française.
Une nouvelle faculté pour répondre aux besoins en santé
D’entrée de jeu, le recteur qualifie la question de la santé des Québécoises et Québécois comme un « enjeu existentiel ».
Souvent sans médecin de famille, plusieurs personnes doivent se tourner vers les urgences comme porte d’entrée dans le système de santé, note le recteur. Avec des heures d’attente interminables, on se rebute souvent à consulter un médecin, jusqu’au moment où notre état de santé s’aggrave.
« Dans notre vision de la santé, on veut surtout mettre en avant tout ce qui pourrait éviter qu’on tombe malade, soit la prévention, le maintien en santé et notamment l’exercice physique. Bien sûr, cela signifie aussi une meilleure première ligne du système », explique M. Pallage.
C’est dans cette optique que l’UQAM a créé sa faculté des sciences de la santé en 2024, dans une perspective de « santé globale ».
C’est aussi la même philosophie qui a donné naissance au projet de programme de médecine familiale de l’UQ présenté au début de 2025. Tous les établissements du réseau y sont impliqués, incluant l’UQAM.
Le concept ne fait pas l’unanimité, alors que les facultés de médecine des universités Laval, McGill, de Montréal et de Sherbrooke ont manifesté publiquement leur désaccord concernant le projet.
« Nous serons complémentaires, explique le recteur Stéphane Pallage, parce que nous ferons quelque chose que les autres ne font pas. Les stages vont se faire le plus près possible de la population, en CLSC, en groupe de médecine familiale (GMF), dans des organismes communautaires, par exemple. On parle de médecine familiale, il n’est pas nécessaire que les stages soient strictement centrés dans les hôpitaux ».
L’UQ a reçu deux millions de dollars de la part du gouvernement du Québec en juillet dernier pour développer son programme de médecine familiale. « Le réseau va pouvoir former des médecins de famille là où les besoins sont les plus grands, en région, mais aussi dans l’est de Montréal », affirme M. Pallage.
En effet, les récentes fermetures de GMF dans l’est sont « inquiétantes » selon le recteur. Vu cette « urgence nationale » de fournir des services de santé de première ligne dignes de ce nom, on souhaite que les étudiants en médecine puissent « très tôt » effectuer des stages, dès la première année, plutôt que d’attendre après trois années de cours théoriques.
L’UQAM a d’ailleurs signé une entente d’affiliation avec Santé Québec Est-de-l’Île-de-Montréal–Universitaire (NDLR : autrefois le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal). Les mairesses de Montréal et de Montréal-Est, le maire de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles, ainsi que la Chambre de commerce de l’Est de Montréal ont tous signé des lettres d’appui au projet de médecine porté par l’UQ.
Avant que les premières cohortes de médecins obtiennent leur diplôme des établissements de l’UQ, il faudra attendre encore plusieurs années, note le recteur. Le programme devra effectivement obtenir l’aval d’un comité du Bureau de la coopération interuniversitaire, ainsi que du ministère de l’Enseignement supérieur.
L’UQAM, un acteur de premier plan dans le Quartier latin
Ancrée dans le Quartier latin depuis sa fondation, l’UQAM veut y jouer un rôle actif autour de plusieurs enjeux sociaux toujours plus prépondérants. Au lendemain de la pandémie, toutes les villes ont connu une exacerbation du nombre de personnes en situation d’itinérance et de la toxicomanie, ainsi qu’un certain déclin économique des centres-villes.
« L’UQAM est probablement le plus grand employeur du quartier, avec 5000 employés. On a aussi 35 000 étudiants. C’est donc une population d’environ 40 000 personnes qui n’étaient pas présentes pendant deux années de pandémie. C’est sûr que cela a fait mal [au quartier]. C’est immanquable qu’il y a des cicatrices économiques importantes », souligne le recteur.
Lors de la conception du plan stratégique de l’UQAM, une question a été soulevée : « Est-ce qu’une institution comme la nôtre, qui en plus est une institution de savoir et de recherche, peut rester indifférente à ce qui se passe dans son quartier? Est-ce qu’on va être juste des spectateurs ou est-ce qu’on va être des acteurs? »
Pour véritablement devenir un acteur dans le milieu, l’UQAM a premièrement créé un poste spécial de vice-rectrice associée à la Relance du Quartier latin, occupé depuis décembre 2023 par Priscilla Ananian. Celle-ci mobilise à l’interne toutes les compétences de recherche pertinentes, notamment au niveau du travail social, mais aussi du design par exemple, pour améliorer la qualité de vie dans le secteur au travers de solutions concrètes. Elle agit également à l’externe dans une perspective de concertation des différents partenaires du quartier.
Depuis trois ans, une halte chaleur est installée à l’université et a été active au minimum trois jours par semaine durant toute la période hivernale en 2026.
De plus, une brigade mixte circule maintenant dans le quartier pour venir en aide aux personnes les plus vulnérables et pour ajouter un « sentiment de sécurité ». « Ce sont des gens très visibles, qui respirent la bienveillance », assure M. Pallage. Cette initiative se fait en partenariat avec la Société de développement social.
En outre, le bureau de la vice-rectrice associée à la Relance du Quartier latin a lancé une démarche auprès de l’UNESCO, appuyée par la Ville de Montréal, pour présenter la candidature du Quartier latin comme premier quartier apprenant, sur le modèle du Réseau mondial des villes apprenantes.
Malgré le fait que l’UNESCO ne cible pas les quartiers, mais seulement les villes, « Mme Ananian a convaincu les organisateurs […] de faire une exception et de permettre qu’on dépose le dossier pour le Quartier latin ».
« Le quartier apprenant, c’est une vision selon laquelle l’apprentissage est justement au cœur de toutes les actions », note le recteur.
« On est tout sauf une tour d’ivoire à l’UQAM. On a les deux pieds sur terre et on travaille avec les communautés » – Stéphane Pallage, recteur de l’UQAM
Enfin, un parcours signature du Quartier latin est dans les cartons du bureau de la vice-rectrice à la Relance et devrait être dévoilé d’ici l’automne prochain. Celui-ci permettra d’animer les espaces publics du secteur.
Le français et les étudiantes et étudiants internationaux
Fait « existentiel » pour le Québec, la langue française est souvent diagnostiquée comme étant en recul dans la province. Le constat n’est pas tout à fait vrai, selon le recteur, qui observe plutôt un recul spécifiquement à Montréal et dans son centre-ville.
« Là encore, on ne peut pas être spectateur d’un déclin du français lorsqu’on est la plus grande institution francophone du centre-ville. On a donc décidé de travailler sur la vitalité de la langue par une série d’actions qu’on est en train de mettre en place », explique-t-il.
Depuis quelques années déjà, la question des étudiants internationaux et de leur place dans la société québécoise fait couler beaucoup d’encre. Pour sa part, l’UQAM aimerait « convaincre » le gouvernement du Québec que leur présence est bénéfique à la province, en particulier lorsque ces étudiants parlent français.
« Lorsqu’ils sortent avec un diplôme de l’UQAM, ils sont Québécois et ils contribuent à la vitalité de la langue. On est une société vieillissante qui ne fait plus assez d’enfants. Pour que notre économie soit soutenable à long terme, on a besoin de l’apport des étudiants internationaux. Ce sont les meilleurs immigrants. Pensez-y, ils arrivent avec un bagage culturel formidable, un regard sur le monde qui est différent et qui nous permet nous aussi d’avancer », plaide M. Pallage.
Ce dernier ajoute que le débat sur les étudiants internationaux « a été très mauvais pour la réputation du Québec à l’étranger ». Effectivement, les universités ont vécu des « baisses importantes » au niveau des demandes et des inscriptions des étudiants internationaux, observe le recteur.
Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ), qui a été fermé en novembre 2025, puis rouvert en juillet 2026 pour une période de deux ans, doit être pérennisé et promu à l’international dans un « geste fort » de la part du prochain gouvernement québécois, argumente M. Pallage.
Dans son plus récent plan stratégique, l’UQAM prévoit soutenir la vitalité de la langue française par la formation, la recherche et la création en français, tout en bonifiant ses initiatives de francisation et en consolidant ses partenariats au sein de la francophonie internationale.










