(Emmanuel Delacour/EMM)

Accès Escalade Montréal : un OBNL unique au Canada

Le seul centre d’escalade du pays dont la vocation est l’entraînement des athlètes et la pédagogie se situe dans l’est de Montréal. C’est en adoptant une approche entièrement communautaire qu’Accès Escalade Montréal (AEM) est aujourd’hui capable de porter cette mission.

Depuis plus de 30 ans, il existe un espace dévoué à la « grimpe », un sport qui connait une montée en popularité, au 5600, rue Hochelaga. Plusieurs résidents de l’Est connaissaient sans doute Horizon Roc, un centre situé dans l’édifice du quartier de l’Assomption-Sud. Or, l’été dernier, l’entreprise a décidé de fermer ses portes, afin de léguer ses murs à son penchant à but non lucratif : AEM.

Lors du passage d’EST MÉDIA Montréal, des jeunes provenant de programmes de Sport-études de diverses écoles de la région montréalaise étaient rassemblés avec leurs entraîneurs au pied des murs. Ils s’échauffaient avant d’attaquer une façade inclinée qui donnerait du fil à retorde à n’importe quel adulte. Rapidement, les adolescents gravissaient d’une prise à l’autre avec l’aisance d’un pro. « On a des séances d’identification de potentiel pour déterminer si certains de ces jeunes peuvent devenir des athlètes. Plusieurs d’entre eux démontrent une capacité à s’engager dans un programme d’entraînement de haut niveau en un an à peine », affirme Maria Izquierdo, administratrice et directrice de projets chez AEM.

Des jeunes provenant de programmes Sport-études s’entraînent chez AEM (Emmanuel Delacour/EMM)

En outre, ce sont 400 enfants et adolescents qui prennent ainsi part à des programmes jeunesse au centre, et ce, à partir de l’âge de trois ans.

Toutes ces activités datent d’il y a quelques années, époque à laquelle Horizon Roc ouvre ses portes à la communauté. Effectivement, l’OBNL fondé en 2016 connaissait déjà une forte popularité, explique la directrice. « AEM était une extension de la portée communautaire qu’Horizon Roc avait supportée depuis ses débuts. Avec l’expansion des salles d’escalade, les moyens financiers d’Horizon Roc à maintenir tout le volet communautaire devenaient de moins en moins possibles », indique celle-ci.

Mme Izquierdo, qui était copropriétaire et cofondatrice d’Horizon Roc, souligne qu’il était donc temps de prendre une décision : garder ou vendre le centre. En effet, il devenait difficile de jongler avec la mission communautaire et d’offrir des espaces d’escalade pour les clients membres. « Le volet communautaire était extrêmement important pour nous et on voulait qu’il se poursuive », note-t-elle.

Désormais, AEM n’offre plus de l’escalade libre au public et est entièrement dévoué à ses programmes jeunesse et de Sport-études, en plus d’accueillir des camps de jour, des programmes communautaires et même de la recherche scientifique.

Le mur de vitesse de 15 m de haut chez AEM est unique sur le continent (Emmanuel Delacour/EMM)

Des athlètes professionnels peuvent aussi profiter sur place de la présence du seul mur d’escalade de vitesse de 15 m de hauteur homologué par la fédération internationale d’escalade IFSC sur le continent, avec des installations de niveau olympique. Le toit de l’édifice a d’ailleurs été agrandi il y quelques années afin d’accueillir celui-ci.

Tous les aménagements ont été pensés et conçus pour répondre aux besoins spécifiques des groupes qui s’y entraînent.

« Les sections qui sont là ont vraiment des intentions au niveau de l’entraînement. C’est la répétition de certains types de mouvement afin d’avoir une cumulation au niveau musculaire, ce que tu ne trouves pas généralement dans les salles (ouvertes au public). (…) On développe vraiment une autre façon d’aménager nos espaces et de les utiliser pour l’entraînement. C’est quelque chose qui n’existe pas ailleurs au Canada. C’est le seul centre qui a la vocation de l’entraînement et de la pédagogie, et qui est dédié à ces clientèles-là », insiste Mme Izquierdo.

AEM dispose de murs dans les trois disciplines officielles : en « difficulté », dont le but est d’atteindre la plus haute prise possible sur une voie longue; en « bloc », où il faut réussir des parcours courts sans corde sur un mur bas; et en « vitesse », où l’objectif est d’atteindre le sommet le plus rapidement possible sur une voie identique pour les deux adversaires.

Programmes communautaires

Au-delà de sa mission d’aider à entraîner des athlètes et des jeunes qui ont le potentiel de le devenir, AEM propose de nombreux programmes communautaires qui utilisent l’escalade comme outil pour améliorer la santé physique et mentale de sa clientèle.

« On a toute une série de programmes qui s’adressent à une clientèle particulière. L’accessibilité et l’action sociale sont au cœur d’AEM », insiste la directrice.

Le centre offre donc des activités pour des familles qui ont un faible revenu ainsi que pour des jeunes qui vivent avec un trouble du spectre de l’autisme ou un handicap visuel ou intellectuel. AEM a aussi travaillé pour faire en sorte que l’escalade adaptée soit incluse dans les Jeux de Montréal, affirme Mme Izquierdo.

« On a aussi un programme qui s’appelle In Vivo avec le Centre d’intégration scolaire et le CIUSSS pour des jeunes qui ont été diagnostiqués avec des troubles d’anxiété importants. Le programme a été conçu avec un psychoéducateur certifié et formé pour accompagner les jeunes. L’escalade, dans ce cas-là, n’est pas un but, mais un moyen. On l’utilise pour des fins sociales dans ce contexte », ajoute-t-elle.

Le sport peut ainsi être utilisé dans plusieurs situations pour avoir un effet positif sur le cheminement des jeunes et des adultes. Dans certains cas, il permet de contrer le décrochage scolaire en aidant les élèves à « retrouver un lien avec la vie ».

« On est dans la découverte de soi et dans l’accomplissement, dans la communication et la coopération. Ça permet de sortir de sa zone de confort et de repousser ses limites. »

Monolithe

L’escalade sous toutes ses formes va très certainement continuer d’attirer les foules au 5600, Hochelaga dans les prochains mois. Premièrement, parce qu’un centre plus traditionnel ouvrira ses portes en décembre dans l’espace voisin d’AEM. D’ailleurs, au moment de la visite d’EST MÉDIA Montréal, des travailleurs de la construction s’affairaient à percer les murs en béton pour agrandir les lieux.

Monolithe escalade, qui possède déjà un centre au 2404, rue Vimont, inaugurera un club ouvert au public proposant des murs de voies, ainsi qu’un mur de 19 m de hauteur. Ce dernier pourra être loué par AEM lorsque seront organisées des compétitions. L’espace sera rapidement construit. Les murs préfabriqués sont déjà en route vers Montréal dans des bateaux, indique Mme Izquierdo.

Quant à AEM, quelques travaux de finition sont toujours en cours, mais ils se termineront rapidement, car le centre attend déjà une série d’événements, à commencer par un colloque pour les formateurs de la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade, ainsi que des compétitions de vitesse et des camps d’entraînement des équipes provinciale et nationale.

Un rendu numérique du futur centre Monolithe escalade, qui ouvrira ses portes dans les espaces voisins à AEM (Courtoisie)