
L’abri du parc Hochelaga de nos jours (Courtoisie de l’arrondissement MHM)
21 janvier 2026Abri du parc Hochelaga : un vestige du passé bientôt restauré
Situé dans le deuxième plus ancien parc de l’arrondissement Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (MHM), l’abri du parc Hochelaga, un bien patrimonial érigé durant la crise économique des années 1930, fera l’objet de travaux de restauration puis d’une reconstruction en 2026.
Avant d’être un simple abri à aire ouverte au cœur du parc Hochelaga, l’édifice était d’abord une vespasienne, soit un bâtiment contenant les toilettes publiques. « Ce terme fait référence au nom de l’empereur romain Vespasien qui a instauré le principe des toilettes publiques », explique l’architecte Luce Lafontaine, mandatée pour effectuer une recherche historique et patrimoniale de l’ouvrage.
Cette dernière poursuit en soulignant la valeur patrimoniale de l’abri : « Il est associé à différents événements historiques, comme les « travaux de chômage », le courant hygiéniste, la création des parcs urbains et le legs de Campbell », résume-t-elle.
Barricadé depuis l’apparition de fissures en 2023, l’abri avait été partiellement démoli en 1984 avant de faire l’objet d’une intervention structurale en 2009. Par la suite, un état de dégradation avancée du système structural a été constaté à la suite d’une expertise. Ainsi, les travaux à venir ont comme objectif de remplacer la structure, de restaurer la toiture et d’éclairer l’intérieur et l’extérieur du bâtiment.

L’abri du parc Hochelaga par le passé (Archives de la Ville de Montréal)
Un vestige de la Grande Dépression
Construit en 1932, cet abri témoigne d’une période charnière de l’histoire montréalaise. Après le krach boursier de 1929, l’administration municipale a mis en place une série de travaux publics pour contrer le chômage massif en cours, c’est ce à quoi fait référence le terme « travaux de chômage ».
« Camillien Houde était maire de Montréal à l’époque et il a, avec le concours du gouvernement provincial, commandé une série de travaux d’amélioration civique. Ça comportait des cliniques médicales, des bains publics, des viaducs et des toilettes publiques », résume l’architecte. Durant cette période, ces dernières sont d’ailleurs familièrement baptisées « camilliennes » en référence à Camillien Houde.
De telles toilettes publiques sont devenues rares à Montréal : « Il n’y en a presque plus », déclare Luce Lafontaine. Certaines ont toutefois survécu sous d’autres formes ou ont été déplacées au fil des décennies, alors que plusieurs installations ont été condamnées ou démolies à partir des années 1980.
« Il y en avait dans le square Dorchester. L’édicule est encore là, mais il donne accès au stationnement sous l’édifice Dominion Square. Il y en avait, dans le square Viger, l’édicule ne sert plus et il a été déménagé au carré Saint-Louis. Il y en avait à la place d’Armes et au square Phillips, où il ne reste que les colonnes de ventilation. Et à la place d’Armes, elles ont été recouvertes par des grands bancs de bois quand la place a été refaite », indique-t-elle.
Le courant hygiéniste et l’essor des parcs publics
La construction de l’abri du parc Hochelaga s’inscrit dans un mouvement plus large qui a transformé l’aménagement urbain au tournant du 20e siècle. Face à l’industrialisation rapide et à ses conséquences sur la santé publique, le courant hygiéniste prône la création d’espaces verts comme remède à l’insalubrité des villes.
Montréal connaît alors une croissance démographique fulgurante, doublant de population tous les 8 à 15 ans au milieu du 19e siècle. Cette expansion entraîne des conditions de vie difficiles : logements surpeuplés, pollution par le charbon, propagation de maladies contagieuses et taux de mortalité infantile alarmant. Les parcs urbains apparaissent comme des « poumons de la ville », des lieux où les citadins peuvent respirer un air plus sain et renouer avec la nature.
Vers 1870, Montréal crée les parcs La Fontaine et de l’île Sainte-Hélène. La Ville lance également un programme ambitieux d’acquisition de terrains sur le Mont-Royal, qui devient un espace de repos et de guérison avec l’installation d’hôpitaux. Ces initiatives s’accompagnent du développement de systèmes d’aqueduc, d’égouts et, éventuellement, d’équipements sanitaires publics comme les vespasiennes.
L’abri du parc Hochelaga est aussi lié au legs de Charles S. Campbell, un riche avocat qui a consacré une partie importante de sa fortune à l’aménagement d’espaces récréatifs: « Il a légué à sa mort une importante somme d’argent pour acquérir des lots vacants et les transformer en terrain de jeu pour les enfants des quartiers populeux », affirme Lafontaine.
Son héritage a également permis de financer des concerts publics gratuits durant l’été; c’est d’ailleurs pour cette raison qu’on retrouve des kiosques à musique dans plusieurs parcs montréalais, notamment les parcs Jarry, Campbell et Molson.
Prochaines étapes pour l’abri du parc Hochelaga
Le 10 décembre dernier, le conseil d’arrondissement a entériné l’attribution d’un contrat de services professionnels de 144 868,50 $ à la firme Archipel architecture inc. pour l’élaboration des plans et devis. La réalisation de cette étape est prévue de janvier à juin 2026. Par la suite, un appel d’offres pour les travaux de construction sera lancé en juillet, et le chantier devrait avoir lieu de septembre à novembre 2026.







