Léopold « Paul » Courville et Marie-Ange « Manon » Souligny (courtoisie)

75 ans d’amour : Paul et Manon Courville, un couple uni « comme au premier jour »

Nés, mariés et établis à Rosemont, Léopold « Paul » Courville et Marie-Ange « Manon » Souligny célèbrent cette année leurs 75 ans de mariage. Malgré le Parkinson de l’un et l’Alzheimer de l’autre, leur amour continue d’émouvoir tous ceux qui les côtoient.

Le 2 juillet 1951, deux jeunes résidants de Rosemont se promettaient fidélité à l’église Saint-Albert-le-Grand, au coin de l’avenue d’Orléans et du boulevard Mont-Royal. Et 75 ans plus tard, Léopold Courville et Marie-Ange Souligny, que tous connaissent sous les prénoms de Paul et Manon, incarnent toujours cet engagement.

Aujourd’hui âgés de 97 et 99 ans, ils résident au Centre Le Royer, à Ville d’Anjou. Leur parcours est intimement lié à Rosemont : ils y sont nés, y ont grandi, s’y sont rencontrés, s’y sont mariés et y ont élevé leur famille dans la maison de l’avenue d’Orléans. La demeure qui jouxte le Jardin botanique est devenue au fil des décennies un véritable lieu de rassemblement pour les familles Souligny et Courville.

Leur histoire est aussi celle d’un amour qui, malgré les épreuves de la vieillesse et de la maladie, semble avoir traversé le temps sans perdre de sa force.

Le couple le jour de son mariage à l’église Saint-Albert-le-Grand (courtoisie)

Une histoire d’amour née dans les rues de Rosemont

C’est dans leur quartier que tout a commencé. « Mon père, il habitait à peu près dans le même patelin que ma mère, dans Rosemont. Il passait devant chez elle. Ma mère, qui était une caissière dans une banque, lisait toujours devant la fenêtre. Il a dit : « Cette femme sérieuse-là, je vais l’épouser. » », raconte leur fille Solange en souriant.

Au début de leur fréquentation, Marie-Ange avait d’ailleurs une exigence bien précise. « Quand ils ont commencé à se fréquenter, elle a dit à mon père : « Je te marie à condition qu’on ait six enfants. » »

Après un temps de réflexion, Paul accepte. Le couple donnera effectivement naissance à quatre garçons et deux filles : Mario, Solange, Suzanne, Benoît, François et Bernard. La famille s’est ensuite agrandie avec 12 petits-enfants et même 5 arrière-petits-enfants.

« Ils sont amoureux comme au premier jour »

Pour Solange, le secret des 75 années de mariage de ses parents tient en quelques mots : « Ils sont amoureux comme au premier jour. Je vous dis ça sans blague. »

Même si Marie-Ange est aujourd’hui atteinte de la maladie d’Alzheimer, ses sentiments envers son mari semblent intacts. « Ma mère est dans un fauteuil roulant. Encore aujourd’hui, elle passe devant papi et lui envoie des bisous. Elle l’aime, puis ils se le disent tous les deux. »

Un souvenir demeure particulièrement marquant pour leur fille. Peu avant que la maladie ne progresse, elle avait demandé à sa mère quel avait été le plus beau jour de sa vie. « J’étais certaine qu’elle allait répondre la naissance de ses enfants, mais elle m’a plutôt dit : « C’est la journée de mon mariage. » Ça veut dire que c’était vraiment un mariage d’amour. »

Marie-Ange a toujours adoré la musique. Encore aujourd’hui, cet art lui permet d’exprimer ce qu’elle ressent. Régulièrement, accompagnée d’une employée, elle entre dans la chambre de son mari en chantant Un amour comme le nôtre. Une scène qui émeut chaque fois leurs proches.

Les amoureux aujourd’hui (courtoisie)

Le dévouement d’un homme de cœur

Toute sa vie, Paul Courville s’est consacré aux autres. Élu « M. Taverne » en 1954, il a notamment travaillé comme tavernier, puis comme gestionnaire d’immeubles, multipliant les emplois afin que sa famille ne manque jamais de rien. « Il fonctionnait avec rarement plus de quatre heures de sommeil par nuit », souligne sa fille.

Au-delà de son travail, c’est surtout son immense générosité qui a marqué les siens. « Mon père, c’est le don de soi. Il est toujours là pour aider. Il a aidé toute sa vie. »

Et même à 97 ans, il conserve ce réflexe. « Des fois, je lui dis : « Il faut que je répare telle chose. » Il répond : « Attends-moi, je vais aller t’aider. » »

Solange raconte aussi avec fierté que jamais son père n’a levé la main sur ses enfants. « Il prenait notre main, il mettait sa main par-dessus, puis il tapait sa propre main. Quand il était rendu là, on savait vraiment qu’on avait fait quelque chose de pas correct. »

Toujours ensemble, malgré la maladie

Pendant près de 15 ans, Paul a été le proche aidant de son épouse. Le couple est demeuré dans sa maison de Rosemont jusqu’à tout récemment, en 2024, avant que le mari ne chute, ce qui lui causa une double fracture de la mâchoire et rendit la vie à domicile trop risquée.

Au Centre Le Royer, une autre épreuve les attendait : il était impossible de leur attribuer la même chambre. Leur solution? Deux chambres voisines, séparées par une salle de bain.

Atteint de la maladie de Parkinson, Paul peut ainsi continuer de veiller sur son épouse. « La nuit, il se levait pour aller voir si mamie n’avait pas besoin de quelque chose. Les préposés l’ont trouvé en train de la couvrir davantage pour ne pas qu’elle ait froid. »

Pour éviter qu’il ne tombe, la famille lui a finalement installé une caméra semblable à un moniteur pour bébé afin qu’il puisse garder un œil sur celle qu’il aime la nuit.

Le sacrifice est d’autant plus grand que Paul, dont les capacités cognitives sont demeurées intactes, a choisi de vivre dans l’unité où réside son épouse. « Mon père accepte de vivre, pour être à côté de mamie, à l’étage des personnes souffrant d’Alzheimer. Pourtant, lui, il a toute sa tête. Il lit le journal de la première page à la dernière, il peut vous parler de hockey, de politique locale, internationale… Mais il accepte d’être confronté à la démence des résidents 24 heures sur 24 pour être avec sa femme. »

Manon coupe le gâteau de mariage sous le regard de Paul (courtoisie)

Un modèle pour toute une famille

Lorsqu’on lui demande quel est son plus beau souvenir de ses parents, Solange hésite un instant avant de répondre : « Le plus beau souvenir de mes parents ensemble, c’est qu’ils sont toujours restés ensemble. Sans se lasser. »

Elle reconnaît qu’ils ont certainement traversé, comme toutes les familles de leur génération, des difficultés financières ou des périodes plus exigeantes. Pourtant, les enfants n’ont jamais assisté à des disputes. « Je n’ai jamais entendu mes parents se chicaner. »

Aujourd’hui encore, quelques détails témoignent de cette élégance qui les caractérise. Manon tient à mettre son rouge à lèvres avant de recevoir de la visite. Paul, lui, refuse de sortir de sa chambre tant qu’il n’est pas bien coiffé.

Le 1er juillet, leur famille et les résidents du Centre Le Royer se sont réunis pour souligner leurs noces de diamant de ce couple coquet, en compagnie d’une vingtaine de proches. Des certificats de félicitations des gouvernements provincial et fédéral leur ont alors été remis, tandis qu’un accordéoniste a accompagné Manon dans ses chansons préférées. Et le 2 juillet, jour exact de leur anniversaire de mariage, leurs enfants se sont à nouveau réunis auprès d’eux.

Après 75 ans de vie commune, Paul et Manon continuent d’offrir à leurs proches un témoignage rare de fidélité, de tendresse et de dévouement, selon leurs enfants. Et comme le résume Solange en terminant : « Je pense que c’est ça, le secret de la longévité de leur union : ils sont amoureux, tout simplement. »