(Photo / Ministère de la Culture et des Communications)

6 M$ pour rénover le marché Maisonneuve

Dès le 4 mai prochain, le bâtiment centenaire de l’ancien marché public Maisonneuve fera l’objet de travaux de réfection majeurs qualifiés d’« urgents » par l’administration municipale.

Classé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, le bâtiment centenaire de l’ancien marché Maisonneuve présente aujourd’hui plusieurs déficiences. Les différentes interventions prévues au calendrier jusqu’au printemps 2027 permettront notamment de remplacer l’entrée d’eau, de réaménager certaines zones du sous-sol et du rez-de-chaussée, d’ajouter un escalier d’issue, de mettre à niveau l’ascenseur, de refaire la toiture des marquises, de sécuriser les plafonds et d’ignifuger certaines structures. « C’est notre responsabilité de protéger cet actif. C’est un patrimoine, c’est une richesse collective », affirme Chantal Gagnon, mairesse de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM). Cette dernière explique avoir choisi de prioriser ce bâtiment en raison de la vétusté de certaines installations : « Si on ne fait pas ces travaux-là, peut-être qu’on ne pourra même pas tenir les camps de jour parce que l’entrée d’eau n’aura plus accès à l’eau. C’est pour ça que c’est important de prévenir, d’anticiper », dit-elle.

Le coût total du projet, soit 6 M$, est assumé conjointement par l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et la Ville de Montréal. Une partie du financement provient du Fonds pour la restauration des immeubles municipaux patrimoniaux.

Un chantier planifié pour limiter les impacts sur le CCSE Maisonneuve

Le bâtiment abrite l’ensemble des activités du Centre communautaire, culturel, social et éducatif (CCSE) Maisonneuve, un organisme qui offre notamment des camps de jour, des activités sportives et des services communautaires. L’arrondissement affirme avoir travaillé étroitement avec la direction du centre afin de réduire les perturbations.

« C’est super important pour nous que nos équipes travaillent avec le CCSE pour minimiser les impacts. Il y a des camps de jour, et on voulait s’assurer qu’il n’y ait pas d’impact sur l’horaire, parce que c’est une priorité pour les parents », souligne Chantal Gagnon.

Les nuisances ne pourront toutefois pas être complètement évitées. La mairesse mentionne que les usagers pourraient devoir composer avec du bruit, des nuisances sonores et de la poussière, ou encore des ajustements mineurs comme l’utilisation d’une autre porte d’entrée selon les phases du chantier. À ce stade, aucune relocalisation n’est prévue, mais l’arrondissement s’est engagé à revenir vers le CCSE si la situation devait évoluer.

Un symbole de l’ambition de l’ancienne municipalité de Maisonneuve

L’édifice de style beaux-arts, construit entre 1912 et 1914 selon les plans de l’architecte et ingénieur Marius Dufresne, s’inscrit dans une période de grande effervescence pour l’ancienne ville de Maisonneuve, alors indépendante de Montréal. Il fait partie d’une série de bâtiments érigés à l’initiative des frères Dufresne et du maire Alexandre Michaud, qui voulaient faire de leur ville une métropole à la hauteur de leurs ambitions.  « Ils étaient inspirés par le mouvement urbaniste City Beautiful (mouvement visant, entre autres, à embellir les villes en réaction à leur industrialisation) et voulaient lancer la construction de bâtiments publics de prestige. Le marché Maisonneuve était leur deuxième grand projet, après l’hôtel de ville qui est aujourd’hui la bibliothèque de Maisonneuve », explique Olivier Dufresne, directeur-historien de l’Atelier d’histoire Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Ouvert en septembre 1914, l’usage du bâtiment ne se limitait pas qu’au domaine alimentaire comme le rappelle M. Dufresne: « Ce n’était pas juste un endroit où est-ce qu’on va acheter de la nourriture, c’était un espace public où il y avait une grande salle intérieure qui va accueillir plusieurs événements politiques, des spectacles, des combats de boxe, des matchs de lutte. Le marché Maisonneuve a été un des principaux lieu de rassemblement politique dans l’est de Montréal », indique l’historien.

Néanmoins, l’achalandage espéré généré par la vente d’aliments n’est pas au rendez-vous: « Dès les années 1920, les élus municipaux parlent du marché Maisonneuve comme d’un « éléphant blanc », c’est-à-dire que c’est difficile de motiver les cultivateurs et les maraîchers à venir fréquenter le marché », précise Olivier Dufresne.

En 1962, le marché ferme ses portes et la Ville envisage un temps de le démolir, avant de le recycler en Bureau de la circulation de la police de Montréal- où les Montréalais allaient payer leurs contraventions – l’année suivante.

En 1976, lors des Jeux olympiques de Montréal, le bâtiment sert de quartier général aux forces policières et militaires chargées de la sécurité de l’événement:  « Je pense que pour les Jeux olympiques de Montréal, la sécurité était un enjeu d’autant plus important compte tenu des attentats de Munich lors des jeux de 1972 », fait remarquer M. Dufresne.

(Photo: Ministère de la Culture et des Communications)

En 1980, le CCSE Maisonneuve s’y établit et occupe toujours le lieu, encore aujourd’hui.

Olivier Dufresne souligne que, malgré ses difficultés fonctionnelles passées, l’édifice n’a jamais cessé d’être reconnu pour sa valeur : « Dès sa construction, c’est reconnu comme un bâtiment important, imposant, impressionnant. Aujourd’hui, c’est considéré comme un bâtiment patrimonial de grande importance à Montréal et même au Québec, puisqu’il est classé par le ministère de la Culture du Québec. »

Les travaux seront réalisés par la firme Constructions Seni inc., sous la surveillance de Perrault Architecture (Atelier Urban Face), qui a également préparé les plans et devis. Plusieurs firmes de génie sont également impliquées dans le projet.