Le Cinéma Beaubien en été (Archives EMM)

29e édition du FIFEM : entre réalisme, diversité et relève cinéphile

La 29e édition du Festival international du film pour enfants de Montréal (FIFEM) se tiendra la semaine prochaine au Cinéma Beaubien, pendant la relâche scolaire. Fondé il y a bientôt trois décennies par sa directrice générale et artistique, Jo-Anne Blouin, l’événement poursuit une ligne éditoriale qui mise à la fois sur l’imaginaire et sur des récits ancrés dans la réalité contemporaine.

La programmation 2026 met de l’avant des histoires d’enfance, de courage et d’imaginaire. Mais au FIFEM, cela ne signifie pas des récits édulcorés. « La vie réelle, c’est que la grand-mère peut avoir le cancer, les parents peuvent être divorcés, il peut y avoir toutes sortes de situations », souligne Mme Blouin. Elle insiste toutefois : ces films ne sont pas nécessairement tristes, mais ils évitent le ton « rose-bonbon, où tout est fantastique et où la princesse arrive à la fin pour tout résoudre ».

La directrice générale et artistique du FIFEM, Jo-Anne Blouin (Image tirée de la page Facebook du festival)

Le festival assume ainsi la présence de thèmes comme la précarité, la maladie ou la quête d’identité dans la programmation de cette année. « Quand le film est bien écrit, il n’y a aucun problème », affirme la directrice. Selon elle, les jeunes spectateurs sont capables de comprendre des réalités complexes. « C’est un public intelligent, apte à faire des choix et à avoir un esprit critique. »

Dans cette optique, la sélection alterne entre œuvres plus accessibles et propositions plus exigeantes. Le film suisse Mon ami Barry, par exemple, raconte comment les Saint-Bernard sont devenus des chiens d’avalanche, dans un décor alpin classique. À l’opposé, un film d’animation français comme Olivia et le tremblement de terre invisible aborde l’expulsion d’une mère monoparentale et la solidarité que cela crée dans un quartier défavorisé. « Le rôle d’un festival, c’est de montrer un panorama des meilleurs films qui se font à travers le monde », résume Mme Blouin.

Un regard ouvert sur le monde

Cette année, le FIFEM présente pour la première fois en bientôt 30 ans un film provenant d’Irak. L’œuvre, lauréate de la Caméra d’or du Festival de Cannes, se déroule sous le régime de Saddam Hussein et suit une fillette chargée de préparer le gâteau d’anniversaire du président, dans un contexte de pénurie alimentaire.

Mme Blouin reconnaît que ce type de film peut représenter un choc culturel pour de jeunes spectateurs québécois. L’indication « 12 ans et plus » vise donc à orienter les familles. « J’ai plus peur de la réaction des parents que de celle des enfants », confie la directrice générale et artistique. Le film ne montre ni violence explicite ni sexualité, mais « la violence n’a pas besoin d’être visuelle ».

Selon elle, exposer les jeunes à d’autres réalités participe à leur formation. « Quand on ne connaît pas quelque chose, on en a peur », dit-elle, ajoutant que le cinéma permet en plus de « voyager sans quitter Montréal ».

La tendance actuelle du cinéma jeunesse international va d’ailleurs dans le même sens. Jo-Anne Blouin cite un film présenté l’an dernier où un enfant de 10 ans annonce vouloir changer d’identité de genre. « Il y a dix ans, personne n’aurait osé écrire une histoire comme ça », estime-t-elle. Pour la directrice, ces récits « représentent un miroir de la société dans laquelle on vit ».

Un festival intergénérationnel

Organisé pendant la relâche, le FIFEM attire surtout des familles. La programmation est donc structurée par groupes d’âge afin de répondre à cette diversité. Mme Blouin constate désormais la présence de trois générations dans les salles. Elle raconte avoir croisé récemment une grand-mère, sa fille et ses petits-enfants consultant le programme. « C’est ma mère qui m’a initiée au FIFEM dans le temps », lui aurait confié la mère. « Et là, c’étaient les trois générations qui venaient ensemble. Pour moi, le pari est gagné. »

Le festival mise aussi sur un jury enfant, composé habituellement de jeunes de 11 ou 12 ans, qui visionnent les mêmes films que le jury professionnel, mais délibèrent séparément. Il arrive que leurs choix divergent. « Des fois, il y a des films un peu plus durs que le jury adulte hésite à récompenser, et c’est le jury enfant qui leur donne le prix », observe Mme Blouin. Elle se dit impressionnée par « leur compréhension » et leur capacité à reconnaître des récits déjà vus ou à apprécier des œuvres plus audacieuses.

 

Le public du FIFEM un soir de projection (Image tirée de la page Facebook du festival)

Soutenir le cinéma québécois, sans compromis

L’ouverture et la clôture de cette 29e édition sont confiées à des productions canadiennes. Pour Mme Blouin, il s’agit d’un choix à la fois stratégique et affectif. « Mais ce n’est pas parce qu’un film est québécois que je vais le mettre à l’affiche s’il n’est pas bon », précise-t-elle, évoquant le lien de confiance établi avec le public.

Elle rappelle toutefois que le festival s’inscrit dans un écosystème qui comprend scénaristes, producteurs, distributeurs et organismes de financement. En invitant des programmateurs étrangers, le FIFEM contribue à la circulation internationale des œuvres québécoises.

Selon elle, le cinéma jeunesse demeure encore perçu comme un « sous-produit » par une partie de la profession. « C’est une grave erreur », tranche-t-elle. « Si on veut sauver le cinéma québécois, il faut intéresser les jeunes le plus vite possible au cinéma en général. »

Au-delà des projections

La 29e édition se distingue aussi par des initiatives parallèles. Une collaboration avec la plateforme documentaire Tënk permettra le lancement en salle d’un parcours jeunesse, en présence de réalisateurs. Le festival accueille également une séance spéciale liée au balado Laisse-moi te raconter, consacré aux cultures autochtones, avec projection de courts métrages et présentation d’objets culturels.

Les rencontres après projection demeurent un élément central du festival. « C’est plus que juste un bon moment au cinéma », estime Mme Blouin. Les enfants posent souvent des questions techniques sur le tournage ou le casting, et les discussions peuvent se prolonger dans le hall. « Il y a autant les parents que les enfants qui posent des questions. Ça veut dire que tout le monde se sent concerné. »

La 29e édition du FIFEM aura lieu du samedi 28 février au dimanche 8 mars au Cinéma Beaubien. Pour en découvrir la programmation complète, cliquez JUSTE ICI.