Le Marché public de PAT (Courtoisie/Marion Chuniaud)

15 printemps pour le Marché public de PAT : d’une mobilisation citoyenne à un service de proximité structurant

Le Marché public de Pointe-aux-Trembles (PAT) célèbrera cet été ses 15 ans d’existence. Né d’une initiative citoyenne, le projet s’est transformé au fil des ans en un service de proximité ancré dans la vie du quartier, soutenu à la fois par l’engagement bénévole et par l’appui de l’arrondissement. Retour sur son évolution, ses retombées et les défis qui l’attendent.

Une initiative citoyenne avant tout

Le Marché public de PAT a vu le jour à la suite d’une mobilisation citoyenne. À l’origine du projet, un groupe de résidents du quartier souhaitait créer un lieu de rassemblement inspiré des marchés de village, tout en facilitant, pour les Pointeliers, l’accès à des produits agricoles locaux.

Kate Johansson, directrice générale du Marché public de PAT (Courtoisie/Marion Chuniaud)

« Ils ont fait le tour du quartier pour obtenir des signatures à présenter au conseil d’arrondissement », explique Kate Johansson, directrice générale du marché depuis 2022. Puis, deux citoyens, Jacques Pichette et Mario Blanchet, ont porté l’idée jusqu’aux instances municipales, avec l’appui de la Corporation de développement communautaire de La Pointe.

La politique a également joué un rôle déterminant. À l’époque mairesse de l’arrondissement, Chantal Rouleau a soutenu le projet de transformation du stationnement de l’église Saint-Enfant-Jésus en place publique. Cet aménagement, pensé dès le départ pour accueillir de l’événementiel, est devenu l’emplacement officiel du marché. « Ça a permis son enracinement dans le quartier », souligne Mme Johansson.

Un modèle hybride entre bénévolat et institutionnel

Au fil des ans, le marché public a connu une expansion notable. De moins d’une dizaine de kiosques à ses débuts, il prévoit en accueillir environ 35 cet été. Pour Mme Johansson, cette croissance est un indicateur de vitalité, tout comme la présence accrue de fermes maraîchères au fil du temps.

Dès ses débuts, le marché a reposé sur une forte implication citoyenne. Des résidents se sont engagés bénévolement dans la coordination saisonnière, le montage et le démontage hebdomadaire, ainsi que dans la recherche de commanditaires. Au fil des années, 27 citoyens usagers ont contribué à la continuité du projet, certains pendant plus d’une décennie.

Pour la directrice générale, la longévité du marché s’explique par cet équilibre entre l’engagement citoyen et le soutien institutionnel. « Le marché a toujours été pensé comme un service public porté collectivement », affirme-t-elle. L’arrondissement ne l’a jamais considéré comme un simple événement ponctuel, mais toujours comme « un véritable service à la population ».

Cet appui s’est traduit non seulement par du financement, mais aussi par un soutien réglementaire et logistique, permettant sa structuration progressive.

La Buvette du Quai (Image tirée de la page Facebook du Marché public de PAT)

Un tournant appelé « Buvette du Quai »

Un tournant important survient en 2022 avec l’idée d’exploiter un petit bâtiment situé dans le parc du Fort, à proximité du site du marché. Ce lieu accueille désormais la Buvette du Quai, un café culturel dont les profits sont entièrement réinvestis dans la mission du marché. « Cet ajout-là a vraiment joué un rôle de levier financier majeur dans notre modèle d’affaires », explique la directrice générale.

Grâce à cette diversification des revenus, le budget de l’organisation a plus que quintuplé depuis 2021, et le marché est aujourd’hui reconnu comme une entreprise d’économie sociale.

Une mise à niveau du bâtiment de la buvette est d’ailleurs prévue d’ici la fin de 2027 afin de pérenniser cette offre.

Un lieu de rassemblement pour le quartier

Aujourd’hui, le Marché public de PAT se positionne comme un lieu de rencontre dans un quartier où les espaces de rassemblement sont peut-être moins nombreux. « C’est vraiment un endroit de mixité sociale et d’opportunités de rencontres entre les citoyens, les producteurs, les commerçants », note Kate Johansson.

Les données internes montrent une fréquentation en hausse : une augmentation de 14 % des visiteurs réguliers (c’est-à-dire qui cumulent au moins 8 visites) entre 2024 et 2025, et une moyenne de 1 100 visiteurs par samedi. « En termes de retombées, la fidélisation des visiteurs récurrents progresse grandement. »

En plus de l’offre alimentaire, le marché propose une programmation culturelle soutenue. Récemment, environ 50 activités ont été organisées entre le jeudi et le dimanche, en lien avec le marché et la buvette. Cette animation contribue à attirer des visiteurs qui ne fréquenteraient pas nécessairement le site autrement.

La directrice générale souligne aussi l’effet de synergie avec le secteur environnant, notamment grâce à la navette fluviale et aux projets de revitalisation à venir. « Avec les projets de la Société de développement Angus (SDA) qui s’en viennent, je pense qu’on va avoir une offre assez diversifiée dans les années à venir », avance-t-elle.

(Courtoisie/Simon Laroche)

Un rôle clé pour les producteurs locaux

Pour les producteurs et artisans, le marché constitue un canal de commercialisation important, en particulier pour les petites fermes familiales. « Ce sont souvent des fermes dirigées par deux ou trois personnes, avec peu de canaux de vente », explique la directrice générale. Dans ce contexte, les marchés publics deviennent un élément central de leur modèle d’affaires. Et près de 65 % des exposants sont situés à moins de 30 minutes du site, ce qui témoigne de l’ancrage local.

Le marché joue aussi un rôle de tremplin pour certains entrepreneurs. « On offre la possibilité à des artisans de venir tester des modèles d’affaires avant de démarrer », illustre Mme Johansson, parlant d’un rôle d’« incubateur entrepreneurial ». La collaboration et le maillage entre exposants favorisent également l’implantation de transformateurs et de points de revente dans le quartier.

Cette fidélité des exposants contribue à l’identité du marché : environ 26 % d’entre eux y participent depuis 4 ans ou plus. « Ils reconnaissent les clients par leur nom, ça crée quelque chose de très fort. »

Si les retombées économiques précises, elles, sont difficiles à quantifier, l’organisation estime à environ 300 000 $ les revenus générés pour l’ensemble des marchands.

Des défis bien présents et un anniversaire tourné vers la collectivité

Malgré ce bilan plus que positif, des défis subsistent. Le principal concerne les ressources humaines. « Pour l’instant, je suis la seule ressource permanente à temps plein de l’organisation », explique la directrice générale, qui souhaiterait pouvoir compter sur une deuxième personne à temps plein pour assurer la pérennité du marché.

L’augmentation du coût de la vie pose également des enjeux d’accessibilité. L’organisme met en place des initiatives solidaires pour limiter les barrières économiques, notamment un programme de coupons nourriciers, tout en reconnaissant les limites de son pouvoir d’action face à ces facteurs externes.

Pour souligner ses 15 ans, le Marché public de PAT prévoit une journée spéciale le samedi 20 juin 2026, qui comprendra des allocutions, de l’animation et des dégustations gratuites. Une vidéo commémorative retraçant l’engagement citoyen derrière le marché sera également projetée en plein air le samedi 29 août à la Buvette du Quai.

« Pour moi, notre marché, c’est le symbole vivant du dynamisme croissant de l’Est de Montréal », termine Kate Johansson.


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