140 ans de Saint-Léonard : de village rural à centre urbain

L’arrondissement de Saint-Léonard fête ses 140 ans en 2026, qui seront marqués par plusieurs festivités. Une occasion de revenir sur le développement de cette ancienne ville, dont la démographie et l’architecture demeurent marquées par son histoire au vingtième siècle.

Lorsqu’il est officiellement recensé par l’État québécois en 1886, le petit village de Saint-Léonard-de-Port-Maurice est composé de Canadiens français catholiques qui pratiquent l’agriculture. D’abord nommé « Saint-Léonard », son nom officiel est doublé du « Port-Maurice », en référence au nom d’un célèbre prêtre italien.

140 ans plus tard, Saint-Léonard, revenu à son nom d’origine et devenu un arrondissement de l’île de Montréal, s’apprête à célébrer son histoire, à travers une série de festivités et de contenus éducatifs.

La Fête du citoyen de ce dimanche 13 septembre, au parc Wilfrid-Bastien, sera l’occasion de marquer le coup, bien que cette fête a lieu en toutes circonstances depuis trente ans. Le grand spectacle sera mené par l’auteur-compositeur-interprète Nicolas Ciccone, choisi pour donner un « accent italien » aux festivités selon le maire Dominic Perri, alors que l’immigration italienne fait partie intégrante de l’histoire du territoire. Le reste du programme reste plutôt traditionnel avec l’épluchette de blé d’inde, le bingo, les jeux pour enfants et la danse en ligne.

Les autres évènements dédiés à l’anniversaire seront menés tout au long de l’année par les clubs de l’âge d’or, bien présents à Saint-Léonard, et qui regroupent les résidents aînés autour de repas, de danses, de parties de cartes et de sorties de groupe. « On veut aussi laisser les différents clubs faire leur fête à leur façon, localement », soutient M. Perri.

De leur côté, les équipes de l’arrondissement ont préparé une série de capsules vidéo historiques, publiées sur les médias sociaux pour faire découvrir différents pans de l’histoire locale au public. La première est dédiée à la création de la Coopérative d’habitation de Montréal dans les années 1950, un important projet de construction de maisons unifamiliales. Et la seconde retrace l’histoire de la Caverne Saint-Léonard, vieille de 15 000 ans et découverte par hasard en 1812.

Vue aérienne sur la ville de Saint-Léonard prise en 1958 (courtoisie arrondissement)

Explosion démographique

À la fin du XIXe siècle, Saint-Léonard est une petite communauté d’une centaine d’habitants qui gravite autour de la rue Jarry et de l’église Saint-Léonard-de-Port-Maurice, nous apprennent les archives de la Ville de Montréal. Mais à partir des années 1950, les familles affluent, tout comme les immigrants italiens, qui sont plus de 6 000 à rejoindre la province chaque année entre 1951 et 1960. En quinze ans, la population de la ville est ainsi multipliée par plus de 50, et est constituée à 40% de personnes d’origine italienne, selon les données des recensements.

C’est à ce moment que se développe un plan d’urbanisme « unique à Montréal », selon M. Perri, qui consiste à construire des parcs entourés de résidences. À cela ont été ajoutés des commerces et des écoles. « C’est comme ça que Saint-Léonard a été construit », rapporte le maire.

Les duplex se multiplient, permettant aux familles – pour la plupart immigrantes et aux revenus modestes – d’habiter un étage de la maison et de louer le deuxième pour « aider à payer les hypothèques », explique M. Perri. « Toute la conception de Saint-Léonard a été influencée par les immigrants », poursuit-il, alors que les duplex occupent encore une grande partie du paysage architectural de l’arrondissement.

Vue sur des duplex de la rue Lemaître dans les années 1960 (courtoisie arrondissement)

À la fin des années 1960 survient la « crise de Saint-Léonard », une série de tensions sociales autour de l’enjeu de la langue. Les populations italophones et anglophones réclament alors le droit à une éducation bilingue, et non seulement francophone, comme l’avait décidé la commission scolaire du secteur. Ces évènements deviennent le symbole d’un enjeu plus large, et précèdent les grandes législations autour du statut de la langue française au Québec.

Un nouvel arrondissement 

En 2002, la Ville de Saint-Léonard est fusionnée à la métropole et devient ainsi un arrondissement, que M. Perri considère comme « le plus italien de Montréal », alors que sa population est toujours constituée à moitié de personnes issues de l’immigration. Aux Italiens se sont toutefois ajoutés entre autres les Algériens, les Haïtiens et les Marocains, selon le dernier recensement de 2021.

La démographie de l’arrondissement est encore appelée à évoluer de manière importante dans les années à venir, en raison notamment de l’arrivée de la ligne bleue du métro. 20 000 nouveaux résidents sont attendus au cours des vingt prochaines années, et cette vague sera accompagnée d’un important développement résidentiel et commercial. De petit village au début du vingtième siècle, Saint-Léonard est aujourd’hui amené à devenir le « centre-ville de l’est de Montréal », estime son maire.