
École secondaire aux Mille-Voix située à Montréal-Nord (CSSPI/Mario Desroches)
6 septembre 2025Près de 1 000 élèves supplémentaires par an : le CSSPI face au défi démographique
Dans l’est de Montréal, le nombre d’élèves continue de croître d’année en année. Pour répondre aux besoins croissants des familles, le Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI) doit faire preuve de créativité. Dans un contexte marqué par la hausse des coûts de construction et les restrictions budgétaires, l’organisation multiplie les stratégies mises de l’avant, allant des agrandissements d’écoles aux classes modulaires, en passant par des réorganisations internes.
Des prévisions démographiques claires
Chaque année, deux fois l’an, le CSSPI reçoit du ministère de l’Éducation des projections sur l’évolution de la clientèle scolaire. Ces données servent à planifier les ouvertures de groupes, les agrandissements et la construction d’écoles, mais aussi plusieurs autres stratégies mises en place pour répondre à la croissance démographique. « Pour la Pointe-de-l’Île, ce n’est pas compliqué, on remarque depuis des années une hausse de la clientèle, mais je vous dirais que pour les cinq prochaines années, ça se traduit par une prévision d’au moins 1 000 élèves de plus pour l’ensemble du centre de services », explique Martin Duquette, directeur général du CSSPI.
Ces estimations sont considérées fiables à court terme, mais deviennent plus incertaines à long terme. Comme le rappelle M. Duquette, « plus on avance dans le temps, moins c’est précis », notamment parce qu’il faut estimer la natalité, l’immigration et le rythme des nouveaux développements immobiliers.
Immigration et développement immobilier : deux moteurs de croissance
La hausse des effectifs scolaires dans l’est est notamment alimentée par l’immigration, un facteur difficile à prévoir. « Dans notre réalité de l’est de Montréal, dans les arrondissements qu’on dessert, il y a une donnée qui est un peu inconnue au niveau du rythme de l’immigration et des inscriptions, notamment en classe d’accueil pour la francisation », explique Martin Duquette.
Ces variations peuvent se produire de manière rapide. « On ne voit pas de gros changements présentement, mais dans un mois, on pourrait se reparler puis tout a changé… Très souvent, ça se fait assez rapidement », ajoute-t-il. Les arrivées d’élèves sont souvent liées à des contextes internationaux ou à des décisions politiques. « Alors, au niveau de l’immigration, il y a une dose d’imprévisibilité selon le contexte international. Et en même temps, oui, les politiques tant du gouvernement provincial que fédéral vont influencer sur les inscriptions », précise le directeur.
Dans le passé, certains événements mondiaux ont déjà eu un impact direct. M. Duquette cite l’exemple du séisme en Haïti, qui avait entraîné une hausse notable d’inscriptions d’élèves d’origine haïtienne dans l’est de Montréal.
Du côté du développement immobilier, le CSSPI s’attend à des impacts majeurs à Pointe-aux-Trembles (PAT), Montréal-Est et Montréal-Nord. Anjou et Saint-Léonard connaîtront également une forte poussée liée au prolongement de la ligne bleue du métro.
Martin Duquette insiste sur l’importance d’anticiper ces changements : « Les effets se feront sentir sur un horizon de dix à quinze ans, mais il faut anticiper rapidement. Construire une école, c’est minimalement cinq à huit ans pour obtenir toutes les autorisations puis réaliser le projet », indique-t-il.
Le secondaire : une capacité renforcée
La situation s’est améliorée ces dernières années du côté d’Anjou et de Montréal-Nord grâce à l’ouverture de deux nouvelles écoles secondaires, Irma-Levasseur à Anjou et l’école secondaire aux Mille-Voix. « Elle chevauche Montréal-Nord et Rivière-des-Prairies, mais elle est à Montréal-Nord », précise M. Duquette.

École secondaire Irma-LeVasseur située à Anjou (CSSPI/Mario Desroches)
Les 3 600 places ainsi créées ont contribué à résorber « un débordement important de clientèle, particulièrement dans le secteur Saint-Léonard et Montréal-Nord ».
À PAT, l’école secondaire de la Pointe-aux-Trembles connaît une augmentation importante de sa clientèle. Jusqu’à maintenant, le surplus d’élèves est envoyé à l’école Daniel-Johnson située à proximité. Pour l’instant, le CSSPI estime que la situation demeure « sous contrôle ».
Si la demande en venait à dépasser la capacité de ces deux établissements, le CSSPI envisage une redistribution des élèves. « Contrairement aux écoles primaires, les écoles secondaires ne sont pas soumises à un territoire fixe, un quartier, ce qui permet plus de flexibilité », fait remarquer le directeur.
Néanmoins, avant d’en arriver à cette solution, Martin Duquette affirme que tous les efforts nécessaires seront déployés pour maximiser l’utilisation des espaces actuels. Cela inclut la conversion de salles multifonctionnelles en classes ou encore l’instauration d’un « horaire-double ». « L’idée est de passer de quatre périodes de 75 minutes à six périodes plus courtes, avec des groupes qui commenceraient plus tôt ou finiraient plus tôt selon le niveau », explique-t-il.
Le primaire : une pression constante
En ce qui concerne la gestion du surplus d’élèves au niveau primaire, Martin Duquette souligne d’emblée que le CSSPI doit jongler avec davantage de contraintes. « Au primaire, c’est un concept d’école de quartier. Je vais vous donner le comparable : on a 41 écoles primaires, puis on a 9 écoles secondaires », note le directeur.
« Lorsqu’on atteint la capacité maximale de l’école, on procède à des transferts obligatoires dans d’autres écoles à proximité », poursuit ce dernier. Ces transferts sont organisés chaque année et accompagnés de services de transport scolaire.
Plusieurs facteurs influencent la capacité d’accueil. Par exemple, dans les milieux défavorisés, les ratios par classe sont réduits et limités à 18 ou 20 élèves. « Pour un même nombre de locaux, je vais accueillir moins d’élèves dans une école si j’ai des ratios réduits liés aux facteurs de défavorisation », souligne le directeur.
Projets d’écoles primaires en cours
L’agrandissement de l’école François-La Bernarde à PAT est en chantier et devrait être complété d’ici deux ans. Le projet inclut aussi la réfection de l’aile existante. Pendant cette période, des classes modulaires temporaires sont utilisées afin de maintenir la capacité d’accueil. Une fois la nouvelle section livrée, les élèves y seront transférés, ce qui permettra de rénover l’ancien bâtiment avant de regrouper l’ensemble sous un même toit.

Esquisse de l’école primaire François-La Bernarde (Courtoisie)
À Montréal-Nord, une nouvelle école primaire est également en préparation. Selon Martin Duquette, une annonce pourrait être faite au courant de l’automne. « Pour l’instant, il (le projet) est encore confidentiel parce que les appels d’offres ne sont pas terminés et ne sont pas envoyés », précise-t-il.
Projets sur pause
Plusieurs projets d’écoles primaires autorisés par Québec ont été mis sur pause. C’est le cas d’un établissement primaire à Anjou, d’une autre école à Rivière-des-Prairies et d’un projet à PAT. « À Montréal, ce n’est pas chose facile d’obtenir des terrains », rappelle M. Duquette.
Ce dernier mentionne aussi un problème de financement en lien avec l’augmentation des coûts. « (…) C’est-à-dire que les projets ont été autorisés, exemple, en 2018 ou en 2019, le temps d’avoir les terrains, le temps de tout faire ça. On arrive pour réaliser le projet, les coûts ont doublé ou pratiquement, entre 2018 et 2025, les coûts ont vraiment augmenté », explique-t-il. Résultat : ces projets doivent ensuite être réévalués.
Pour pallier ces retards, des blocs modulaires de dix classes chacun sont en cours d’installation à l’école Saint-Marcel de PAT, à l’école Jacques-Rousseau d’Anjou et à l’école Adélard-Desrosiers de Montréal-Nord.
Enfin, la diversité des stratégies mises de l’avant par le CSSPI, combinant une gestion de l’urgence et des projets à long terme, illustre les défis imposés par la croissance démographique avec lesquels l’organisation doit composer.











